Pour le groupe "Farafina", le combat continue

Elles bitument depuis longtemps sur les scènes rap nationales, africaines, et internationales mais leur premier album, elles nous l’annoncent pour « bientôt ». Pas de date officielle, mais nous avons noté cette sortie prochaine dans notre calepin. Fatim Sy (Fatim), Seynabou Sané (Gina), Ndiaya Guèye (Ndiaya) et Angélique Dione (absente au moment de l’entretien) sont le quatuor du groupe rap « Farafina Moussou ».


L’esprit des propos qu’elles tiennent dans l’interview ci-après pourrait se résumer ainsi : les artistes doivent se respecter, être des leaders d’opinion fidèles, la voix de la majorité silencieuse qui subit sans pouvoir dire. Fatim, Gina, Ndiaya et Angélique sont engagées dans un combat pour la construction d’une conscience citoyenne qui s’assume pleinement face aux multiples dérèglements du système et à la perversion de ceux qui l’incarnent. Leurs propos ne sonnent pas comme une complainte de plus, pas plus qu’ils ne résonnent comme des abstractions inutiles d’artistes rêveurs.

Lorsqu’elles abordent la question de l’esclavage par exemple, Fatim, Gina, Ndiaya et Angélique l’inscrivent dans le cadre du vécu au quotidien. « On fait référence aux relations entre mari et femme, aux rapports pas souvent exemplaires entre noirs, on l’articule dans le cadre des relations entre le pouvoir politique et les citoyens, etc ». Bref, le propos (sociétal et politique) est rationnel et articulé autour des éléments pertinents qui contribuent à la qualité du débat. Fatim, Gina, Ndiaya, et au nom de Angélique, disent « big up ! » à leur producteur Thierno Ousmane Bâ et à leur producteur de son, Ama Diop. Entretien.

Quel regard portiez-vous sur le rap et les rappeurs, et sur le Hip Hop en général avant d’intégrer le mouvement ?
Ndiaya : Avant d’intégrer le mouvement, je constatais que mes frères rappeurs combattaient pour la positivité, qu’ils délivraient des messages d’éveil des consciences. Ils abordaient des thèmes avec un esprit d’engagement militant qui ne laissait personne indifférent. Très vite la plupart d’entre eux ont dévié de leur trajectoire, les autres essaient de suivre leur direction initiale et continuent leur combat. Pourquoi ceux qui ont dévié ont agi ainsi ? Ils sont les seuls à connaître leurs motivations profondes. Gina : La plupart sont moins engagés qu’avant parce qu’ils sont incapables de résister au rap-business. Pour ces derniers, le principe est désormais : s’enrichir rapidement. Et cet état d’esprit est, hélas, de nature à décrédibiliser le Hip Hop en général.

Fatim : Je suis d’accord avec Gina parce que beaucoup de mes frères veulent absolument devenir riches tout d’un coup. Nombreux sont en effet ceux qui ont renié leurs principes de base parce qu’ils estiment sûrement qu’ils prennent de l’âge. Ils sont mariés, ont des enfants, sont en location… Alors ils ne se cassent plus la tête : finie l’idéologie underground, ils mènent le combat pour l’avoir et la belle vie. D’autant que les albums engagés et révolutionnaires sont ceux qui enregistrent les plus faibles taux de vente et que ceux qui marchent sont ceux qui parlent de choses fun (Ndlr : drôle) et de sexe. Car en général d’ailleurs, et au Sénégal en particulier, la vie avec le folklore, l’amusement, etc, a toujours tendance à prendre le pas sur la vérité, sur la réflexion, sur le militantisme citoyen.

Dans ce cas, peut-on dire que vous avez débarqué pour remettre les choses à l’endroit ?
Fatim : Nous ne sommes pas si prétentieuses et n’avons pas de leçon à donner. Je dirai tout simplement que la femme est dotée d’une certaine force morale, d’un certain pouvoir. La femme pèse lourd du point de vue de la sensibilité et de l’approche des problèmes. Sous ce rapport, le groupe Farafina est venu pour jouer sa partition et il s’évertuera de toujours rester fidèle à ses principes et à ne jamais trahir le contrat moral qu’il a passé avec ses fans et les autres. Cela dit, les femmes ne sont déjà pas si nombreuses dans le mouvement, mais dans le cadre du champ Hip Hop, le système a tendance à les marginaliser. Non pas qu’on les sous-estime, mais qu’on les craint à cause justement de ce qu’elles symbolisent comme pouvoir et comme force.

Vous êtes « fortes », on s’attend donc à ce que vous preniez votre place plutôt qu’on vous la donne.
Fatim : Nous ne parlons pas de tendre la main ; nous sommes conscientes qu’il nous faut nous imposer par la force de notre savoir-faire et de notre esprit créateur. Les gens sont égoïstes dans ce milieu, il est donc illusoire de vouloir se hisser au sommet en tendant la main.

Quel est en réalité le combat de Farafina Mousso ?
Ndiaya : Celui que nos frères, pour la plupart, ont abandonné ; c’est-à-dire le travail sur les consciences, particulièrement les « consciences féminines ». Ce combat nous préoccupe en tant que femmes d’autant que généralement nous sommes les plus exposées aux multiples tentations. Notre ligne de conduite consiste à ouvrir les yeux de nos jeunes concitoyens, à nous efforcer de les guider dans la bonne direction, à leur faire prendre conscience que le Sénégal de demain nous appartient, nous jeunes, et que personne ne le bâtira à notre place. Vous savez, le problème de notre pays et de l’Afrique c’est nous jeunes, fondamentalement.

Gina : Nous ne sommes pas féministes, seulement nous mettons l’accent sur le message adressé aux femmes. Leur faire comprendre que la bonne posture ne consiste pas à se mettre en retrait des activités ou à évoluer à l’ombre des hommes, y compris dans le Hip Hop. Notre discours n’est pas un discours féministe encore une fois, c’est un propos qui incite à la prise des responsabilités, indépendamment du sexe.

Fatim : Cependant, il est légitime que nous parlions de nous, que nous fassions notre auto-critique, notre catharsis. D’autant que la plupart des albums des mecs dans le rap, s’ils ne parlent pas de politique, parlent des femmes en termes généralement rabaissants et dévalorisants. Cette tendance est notée dans d’autres domaines où la femme est toujours dans des postures déplorables comme dans les soirées dites sénégalaises à l’occasion desquelles elle est transformée en objet de désire et de satisfaction de toutes sortes de vices. Il faut que nos sœurs comprennent qu’ainsi, elles se posent en moins que rien ; qu’elles inspirent plutôt le dégoût. Par ailleurs, pour l’essentiel, les mecs dans le rap ont un discours souvent réducteur de ce point de vue, donc tendancieux ; car à côté d’une femme « mauvaise », il y a forcément un homme « mauvais ».

Quel est votre point de vue sur la parité homme-femme ?
Fatim : Mon avis est que personne ne doit rester les bras croisés à attendre le ciel. Et j’applaudis quand je vois des femmes se battre pour occuper des postes de responsabilités au plus haut niveau. Mais s’il s’agit d’y aller pour être des figurantes ou pour ajouter au folklore, ce n’est pas la peine. Il nous faut nous armer, être outillées pour prétendre valablement revendiquer notre place. Je ne suis pas d’accord avec les femmes qui se lancent comme ça dans des combats auxquels elles ne comprennent rien.

C’est par exemple le cas de celles qui errent dans la rue avec l’illusion qu’elles font quelque chose d’utile ; en politique, elles sont utilisées, mises en avant mais plus pour le vacarme. Elles sont là à s’égosiller sur tout et sur rien. J’en connais une qui est présentement à l’Assemblée nationale et qui était récemment ministre de la Femme. Elle était socialiste du temps du Ps (Ndlr : Parti socialiste, alors au pouvoir) ; elle est devenue libérale à la faveur de l’alternance.

C’est elle qui disait de l’actuel président (Ndlr : Abdoulaye Wade) qu’il était « monsieur fantomas » ; c’est elle qui, chaque fois que le Sénégal a un invité, se met à courir derrière les voitures comme une forcenée. C’est aussi le cas de celles que l’on voit dans les meetings, toutes vêtues du même modèle à l’effigie du patron du Parti à s’abîmer les cordes vocales, et souvent pour des miettes. Pensent-elles un instant à leurs enfants ? Ce genre de comportement déshonore la femme. Il faut se faire respecter.

Ndiaya : La parité devrait, chez les femmes, partir du principe suivant : se faire respecter.
Gina : Pour ma part, j’estime comme l’a dit Fatim qu’il ne faut pas se comporter en irresponsables. Il nous faut, nous femmes, nous débrouiller, sortir pour aller chercher notre part de contribution dans le foyer et éduquer nos enfants. La conjoncture et les contingences de la vie sont telles que les hommes ne sont plus dignes de confiance (rire)…

Merci pour le « compliment »… (éclats de rires prolongés). Que pensez-vous de la politique générale du président Wade ?
Fatim : Je dirai tout d’abord que les politiciens en général ont tendance à prendre les gens pour des marionnettes ou pour des idiots. Il n’y a pas d’autre voie que celle-ci : leur montrer que nous ne sommes pas des idiots tout en ne faisant pas preuve de naïveté sur la prise en charge par nous-mêmes de notre propre destin, individuel et collectif. Cela dit, le régime en place déclare : les socialistes ont régné pendant quarante années et ont causé trop de dégâts. Ils ajoutent, les libéraux, qu’en sept années, ils ne peuvent pas tout redresser.

Au même moment le président Wade est dans une logique paradoxale : il veut redresser, mais il change de ministres tous les deux mois ; il semble incapable de trouver les hommes qu’il faut pour ce redressement. En réalité, il est dans une perspective d’enrichissement de sa famille, de ses proches, de ses amis. Chacun se remplit les poches et cède sa place à l’autre, tel est le but du jeu. Wade ne gouverne pas, il a tendance à jouer. Par ailleurs, je ne dis pas que les routes qu’il construit sont une mauvaise affaire, mais il y a que le prix des denrées est en hausse et que le pouvoir d’achat des Sénégalais n’arrive pas à l’atteindre ; il lui faut développer une politique équilibrée, basée, j’insiste là-dessus, sur le respect des institutions, l’égalité des droits et la justice.

Gina : D’accord avec Fatim car, voyez-vous, la vie est devenue plus chère parce que la situation s’est empirée. Nous avons des dirigeants arrogants et boulimiques ; nous avons un système discriminatoire ; nous avons un nombre de mendiants de plus en plus croissant, et des Sénégalais qui mangent de moins en moins à leur faim.

Ndiaya : Il y a un trop plein de stress chez les Sénégalais et cela est un frein même au développement de notre pays. Et moi ce qui me désole, outre le désengagement notable chez mes camarades rappeurs c’est, d’une part, le silence des intellectuels, de ceux dont les voix doivent se faire entendre et qui se taisent et, d’autre part des jeunes qui prennent la fuite. Si tout le monde se met à prendre le large qui restera pour développer ce pays ? Et pendant ce temps on parle de la Renaissance ou du réveil de l’Afrique !

« Fuite », « Renaissance de l’Afrique », etc, vous faites là allusion à l’émigration clandestine.
Ndiaya : Tout à fait ! Et je pense qu’au-delà de toutes les explications qui mettent en évidence les politiques sociales désastreuses ou sélectives de nos gouvernements, la désertion vers d’autres cieux traduit absolument un manque de confiance en soi. Les gouvernements se comportent de manière contradictoire, c’est à nous donc de nous prendre en charge, de travailler parce que le Sénégal et l’Afrique nous appartiennent. On ne peut pas se développer sur la base d’un manque de confiance en soi.

J’entends certains dire que nous avons été retardés par quatre cents (400) années d’esclavage, mais faudra-t-il pour avancer attendre encore autant d’années ? Soyons sérieux, le vrai problème de l’Afrique comme je l’ai dis tout à l’heure, c’est nous, Africains, jeunes en particulier. Pour donner du sens à notre combat et être crédibles vis-à-vis de nous-mêmes dans nos revendications d’une société plus juste, plus égalitaire et plus respectueuse des droits, commençons par faire ce qui dépend de nous pour notre pays ; être conscients de nos devoirs et de nous en acquitter.

Notre démarche revendicatrice, quelle que soit par ailleurs la forme, n’en sera que plus légitime par rapport à ceux qui nous gouvernent contre les règles et principes de leur sacerdoce. Nous devons opérer une rupture radicale dans notre manière de penser et être animés par un esprit de conquête. Les intelligences d’ailleurs, d’Europe, d’Amériques ou d’Asie, ne sont pas supérieures aux nôtres, alors quoi ?

Gina : Je déplore dans la même veine les étudiants à qui leur pays accorde des bourses mais qui, une fois leurs diplômes en poche, préfèrent rester dans le pays d’accueil en brandissant l’argument comme quoi il n’y a rien au Sénégal, que c’est un pays désespérant. Ce sont eux qui sont plutôt désespérants !

Fatim : Personnellement, je ne comprends pas ceux qui s’embarquent dans des pirogues de fortune pour aller affronter la haute mer sur des milliers de kilomètres. Ils disent qu’ils vont réaliser leurs rêves, alors que dès le départ ils ont toutes les chances de crever avant d’arriver à destination. La plupart n’ont jamais rien tenté chez eux, sinon que de rester là à se tourner les pouces… Franchement je ne comprends pas cette logique, je voudrais qu’on m’explique.

Tires de l'interview

« Notre discours n’est pas un discours féministe, c’est un propos qui incite à la prise des responsabilités, indépendamment du sexe ».

« Le président Wade doit s’efforcer de développer une politique équilibrée, basée sur le respect des institutions, l’égalité des droits et la justice.... »

« Le vrai problème de l’Afrique c’est nous, jeunes. Nous devons opérer une rupture radicale dans notre manière de penser et être animés par un esprit de conquête ».

Source: Sud Quotidien

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1 commentaire:

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