Plus de 56 % des Sénégalais prêts à s’exiler selon le New York Times

NEW YORK TIMES - Regard et analyse d’un reporter américain : Des chapes de plomb sur le Sénégal

L’article paru hier dans le New York Times va sans doute donner des urticaires du côté du Palais Léopold Sédar Senghor. En effet, sous la plume de Lydia Polgreen, le Sénégal, qui était jusque-là considéré comme la vitrine de l’Afrique, affiche une pâle image où la misère, la désolation et le désespoir étalent leurs tentacules derrière un ilot scintillant du côté atlantique qui clone les féeries de Dubaï.

C’est surtout quelques résultats d’une étude de l’Agence américaine pour le développement international, l’Usaid, et un sondage de Gallup, qui servent au journaliste du New York Times, d’illustration du mal-vivre sénégalais, accentué par «le manque de transparence dans les affaires publiques et les transactions financières», mais aussi «une corruption chronique».

Le Sénégal d’aujourd’hui ne rassure pas le pays de Obama. Du moins, si l’on se réfère à un article consacré au pays et paru hier dans le New York Times. Dans cet article, un journaliste américain dévalise une «étude commanditée par l’Agence américaine pour le développement international» en 2007. L’Usaid, en effet, au terme de son étude, avait conclu qu’ «un manque de transparence dans les affaires publiques et les transactions financières, et une corruption chronique plombent le Sénégal d’aujourd’hui». Cela, dans une Afrique qui, dans son ensemble, a bénéficié de forts taux de croissance, alors que le Sénégal, lui, en 2006, affichait une croissance qui ne dépassait guère les 2%. Certes, souligne l’auteur de l’article, sa croissance économique avait rebondi pour atteindre 5,4% en 2007. Mais, selon l’étude de l’Usaid, «le chômage persiste ; la cherté de la nourriture et du prix du carburant ont englouti les bénéfices de la croissance pour la plupart des gens». De quoi faire perdre aux Sénégalais, «leur optimisme légendaire», relève le journaliste du New York Times.

Un sondage Gallup a révélé, rapporte l’auteur de l’article, qu’en 2007, «seulement 29% des sondés affirmaient avoir un emploi, contre 35% l’année précédente». Et d’ajouter : «Encore plus parlant, 56% des sondés ont déclaré qu’ils quitteraient le Sénégal, s’ils le pouvaient.» Et le journaliste américain de rappeler une image devenue d’Epinal concernant le Sénégal : celle des dizaines de milliers de Sénégalais empruntant des pirogues de fortune pour tenter leur chance en Europe. «Plusieurs milliers sont supposés morts dans ces conditions périlleuses.» Pour le New York Times, «cette frustration s’est, en grande partie, retournée contre M. Wade, qui a été pendant longtemps une figure de l’opposition, a enduré l’emprisonnement et l’isolement politique pendant des décennies avant de porter ses idées issues d’un étrange mélange de néolibéralisme et d’optimisme africain à la Présidence».

Et le journaliste de rapporter les propos de El Hadji Amadou Sall, le porte-parole et conseiller de M. Wade, qui «a déclaré que le gouvernement a déjà dépensé la majorité de son budget dans des secteurs qui touchent directement les pauvres, comme la santé et l’éducation (…) M. Wade a aussi annoncé des plans ambitieux pour booster la production alimentaire». Mais, «pour ses détracteurs, M. Wade a souillé la réputation du Sénégal et a concentré le pouvoir entre les mains de sa propre famille», écrit le New York Times.

Le quotidien américain parle de mécontentement «surtout frappant chez les jeunes et leurs porte-paroles : les rappeurs, qui sont devenus les griots ou narrateurs musicaux, de leur génération, fournissant des bandes sonores à leurs frustrations». Puis, de se faire l’écho de ces mots de Didier Awadi «dont les rimes en langue wolof contribuèrent à influencer les jeunes pour qu’ils chassent le Parti socialiste à l’élection de 2000». Que dit donc le rappeur sénégalais ? «Nous avons attendu 40 ans pour que les choses changent réellement dans ce pays (…) Mais, nous attendons encore.» Les yeux du reporter du New-York Times se sont aussi posés sur «une des nombreuses affiches placardées à travers toute la ville pour souhaiter la bienvenue aux participants au sommet de l’Oci (et où) quelqu’un a griffonné à la peinture, par-dessus le visage de Wade, les mots : «On a faim.»

Auparavant, le reporter campe le panorama contrasté de Dakar, «ville étendue (qui) ressemble à une métropole en mouvement, un quadrilatère bourdonnant jaillissant de l’Atlantique» avec des «voitures (qui) roulent à pleine vitesse sur une autoroute à quatre voies récemment refaite, le long de la côte accidentée». Ce Dakar qui se «dubaï-ise», avec ses hôtels de luxe et ses centres de conférence en construction, «en overdose de chambres dans les hôtels cinq étoiles» contraste avec l’autre Dakar dont «la hausse des loyers aura poussé les citadins pauvres, et mêmes ceux de la classe moyenne, vers des taudis sales et inondables» ; une vie dans la capitale rythmée par la pénurie de carburant entraînant des coupures quotidiennes d’électricité. Après une allusion aux Assises nationales, l’auteur de l’article évoque la «série de disputes au sein du parti au pouvoir, avec la généralisation de la rumeur selon laquelle M. Wade prépare son fils, Karim, à lui succéder». Cela, écrit-il, «a aussi terni la réputation du Sénégal en tant que phare de la démocratie dans une région en proie à l’autoritarisme».

Clickez sur le lien ci dessous pour lire l'article du New York times

Source: Le Quotidien

1 commentaire:

Souleymane DIEYE a dit…

Le Sénégal est à un tournant crucial de son histoire. Il en sortira définitivement grandi ou s'enlisera pour de bon... En attendant, les jeunes cherchent par tous les moyens à foutre le camp!

Bonne continuation.

Souleymane!

 
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