Habib Faye: « Entre le Super Etoile et moi» Part 2

Apparemment, vous n'avez pas appris la musique ?
Non, sur le plan de la musique, je suis autodidacte. Mais, tout dépend aussi de ce que vous entendez par apprendre la musique. Je n'ai jamais été dans une école de musique. Mais, j'ai dû apprendre cet art par les personnes qui m'entourent, les cassettes vidéo...

Qu'est-ce qui est á l'origine de votre passion pour la musique ? Est-ce simplement dû à l'influence de vos frères qui évoluaient déjà dans la musique ?
C'est d'abord parce que mes frères évoluaient déjà dans la musique. J'ai grandi dans un environnement où la musique était très présente. Mon père, bien que professeur de Lettres, jouait de la guitare. Moi, je ne l'ai jamais vu jouer, j'étais encore jeune. Mais, mes frères aînés ont été piqués par le virus.

Donc, il n'y a jamais eu d'opposition de votre famille á ce que vous fassiez de la musique ?
Wouuu ! Ce n'était pas facile. Imaginez un peu un père professeur, tout carré, qui voit ses enfants aller á l'école chaque jour et au Daara á la descente, qui tient á ça et qui constate un jour que son fils veut abandonner les études pour se lancer dans la musique. Il ne pouvait pas le comprendre, il pensait que je voulais prendre le mauvais chemin en voulant faire une carrière musicale. Parce qu'en ce moment aussi, il n'y avait pas vraiment de référence musicale dans le pays. C'est après une discussion sérieuse qu'il a compris que c'est vraiment ce que je voulais, et qu'il était possible que je puisse gagner ma vie dans la musique. Ce n'était jamais facile de convaincre les gens á accepter la musique comme métier, surtout s'il fallait abandonner les études. Heureusement, il m'a laissé suivre le chemin que j'avais choisi.

Est-ce que votre intégration au Super Etoile n’a pas été difficile ? N’était-il pas plus facile pour vous de rester au Super Diamono ?
Non. (Il hésite) C'est vrai que le Super Diamono est une grande école dans la musique sénégalaise. Parce que, non seulement le Super Diamono faisait du mbalax, mais aussi de la variété. Et qui dit variété, dit ouverture. Ce qui fait que c'est un groupe qui était en ce temps beaucoup plus ouvert que les autres. Et l'apprentissage que j'ai eu là-bas a facilité mon intégration dans le Super Etoile. J'avais acquis une certaine ouverture musicale.

Est-ce qu'à un moment de votre carrière, vous n'avez pas regretté d'avoir abandonné les études au profit de la musique ?
Non, je n'ai jamais regretté parce que je pense que chacun a son rôle à jouer dans la société. Certains sont médecins, d'autres agriculteurs, enseignants ou journalistes. C'était ça mon destin. Et par la volonté divine, j'y accomplis mon devoir, je fais de mon mieux. I1 faut assumer son choix et son destin, c'est l'essentiel.

Est-ce que vous aimeriez voir votre fils embrasser une carrière de musicien ?
Par contre non, parce que je sais que les générations á venir n'auront pas la même chance que nous.

Pourquoi?
Parce que la musique, je peux le dire ainsi, a un peu régressé. C'est-á-dire, c'est ce qui permettait aux musiciens de bien évoluer qui ne marche plus. Notamment, la vente des disques, la piraterie est un véritable facteur de blocage. Avant on parlait de disque d'or, et un disque d'or, c'était aussi une réussite financière. Parce que quand on parle de disque d'or, c'est sur la base des ventes d'un album. Et qui dit vente, suppose que les droits sur les ventes augmentent et qu'il y ait des rentrées d'argent. Maintenant, on n'arrive plus ou alors difficilement á avoir des disques d'or á cause de la piraterie. Donc, je ne vais pas pousser mon enfant á faire de la musique.

Ne croyez-vous pas qu'il y a simplement une saturation du marché de la musique?
Justement, la piraterie fait partie de ce qui sature le marché. Il y a aussi que la technologie est tellement avancée qu'à partir d'un rien, chacun peut composer une musique. Ça c'est, aussi un problème.

Malgré tout, la musique attire de plus en plus les jeunes. Comment expliquez-vous cela?
Ce que je vois, c’est qu’il y’a une nouvelle période que traverse la musique. Tout le monde va vers la musique. On arrivera un moment vers un point culminant. Et là, on sera obligé de revoir les choses, d'y remettre un peu d'ordre. C'est ce qui permettra aux artistes de prendre du recul, d'être plus pertinents, mais aussi au public d'être exigent. C'est bien pour la musique, parce que c'est comme une révolution dans l'histoire. La musique en est justement là.

En tant qu'aîné de ces jeunes et nouveaux musiciens, vous arrive-t-il parfois de les interpeller pour des critiques ou suggestions ?
Á ceux qui me demandent conseil, oui. Nous sommes au Sénégal et les critiques ne sont pas toujours bien accueillies. Et puis, on ne peut pas tout dire. On nous a éduqués dans le sutura, et il faut qu'on veille á ça. En revanche, si j'ai avec un jeune musicien des rapports qui le permettent, on peut en parler. D'autant plus que les critiques objectives permettent aux gens de réussir.

Venons-en á Habib et le Super Etoile. Vous y avez fait combien d'années ?
J'y évolue depuis bientôt 23ans.

Source: Walf Grd Place

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